Beaucoup de candidats au conseil préparent leurs case interviews comme un examen écrit : ils lisent des livres de cas, apprennent des structures, refont les calculs dans leur coin. Puis, le jour de l’entretien, ils découvrent un exercice très différent : parler à voix haute, réfléchir sous le regard de quelqu’un, être interrompu, relancé, contredit. La progression vient des cas joués avec un partenaire, et la qualité de ce partenaire compte beaucoup. Cet article explique pourquoi l’entraînement solitaire ne suffit pas, où trouver un binôme, comment jouer le rôle de l’interviewer, quoi noter dans le retour et comment savoir qu’on est prêt.
Pourquoi s’entraîner seul ne suffit pas
Lire un cas corrigé donne l’illusion de le maîtriser. On suit le raisonnement, on comprend la structure, on vérifie les calculs. Mais un entretien de cas mobilise des compétences que la lecture n’entraîne pas.
Parler en réfléchissant. Il faut structurer sa pensée à voix haute, de façon claire, sans perdre le fil. C’est une compétence qui se travaille, comme une langue étrangère.
Gérer l’interaction. L’interviewer pose des questions, donne des informations au compte-gouttes, réoriente, contredit. Le BCG décrit l’entretien de cas, sur sa page de préparation 🔗, comme un échange où le candidat doit poser des questions pertinentes et communiquer clairement son raisonnement.
Calculer sous pression. Un calcul fait seul sur une feuille n’a rien à voir avec le même calcul fait à voix haute devant quelqu’un qui attend.
Recevoir un regard extérieur. Seul, on ne voit pas ses tics de langage, ses structures trop longues, ses silences. Un binôme les repère en une séance.
Les cabinets eux-mêmes poussent dans cette direction. Le BCG recommande à ses candidats, sur ses pages écoles 🔗, de participer à ses ateliers de préparation, de solliciter les anciens de leur école présents dans le cabinet et de s’entraîner seul ou en groupe avec les ressources qu’il met à disposition.
Trouver un binôme
Un bon binôme est quelqu’un de motivé, disponible régulièrement et capable de jouer sérieusement l’interviewer. Plusieurs viviers existent.
Les clubs de conseil des écoles. La plupart des grandes écoles ont un club ou une association consacrée au conseil, qui organise des séances d’entraînement, des partenariats avec des cabinets et des mises en relation entre étudiants. C’est la source la plus naturelle.
Les Junior-Entreprises. Leurs membres préparent souvent les mêmes processus et ont l’habitude du travail en équipe.
Les ateliers des cabinets. Les cabinets organisent sur les campus et en ligne des ateliers de préparation aux cas. Ils permettent de jouer des cas avec des consultants, et de rencontrer d’autres candidats.
Les anciens de votre école. Un ancien élève devenu consultant peut accepter de vous faire passer un cas, surtout si vous le sollicitez poliment et précisément. Ces séances valent de l’or, car elles reproduisent les conditions réelles.
Les plateformes et communautés en ligne. Elles permettent de trouver des partenaires d’autres écoles et d’autres villes, et de varier les styles.
L’idéal est d’avoir deux ou trois partenaires réguliers, de niveaux différents : un binôme du même niveau pour l’entraînement fréquent, un partenaire plus avancé ou un consultant pour les séances de contrôle.
Jouer le rôle de l’interviewer
Jouer l’interviewer est aussi formateur que jouer le candidat. On comprend ce que l’interviewer voit, et on apprend des erreurs des autres.
Pour bien jouer ce rôle :
- préparez le cas à l’avance : lisez l’énoncé, les données, les questions et la solution, pour pouvoir répondre aux questions du candidat sans hésiter ;
- ne donnez pas tout d’un coup : révélez les données seulement quand le candidat les demande ou au moment prévu par le cas ;
- jouez le style du cabinet visé : plus guidé, avec une succession de questions, comme dans les cas d’exemple publiés par McKinsey sur sa page consacrée aux entretiens 🔗 ; plus ouvert, en laissant le candidat piloter, comme dans les cas souvent décrits au BCG ;
- relancez et contredisez : « Pourquoi commencez-vous par là ? », « Êtes-vous sûr de ce chiffre ? », « Que recommanderiez-vous au directeur général demain matin ? » ;
- tenez le temps : un cas dure en général vingt à trente minutes ; arrêtez-le à l’heure prévue, même s’il n’est pas fini ;
- prenez des notes pendant le cas, sur ce qui marche et ce qui ne marche pas.
Donner un retour utile
Le retour est la partie la plus précieuse de la séance, et souvent la plus bâclée. Un bon retour est précis, structuré et tourné vers l’action.
Une grille simple aide à le structurer :
| Critère | Questions à se poser | |---|---| | Structure | La structure était-elle construite pour le cas ? MECE ? Hiérarchisée ? | | Analyse | Les bonnes données ont-elles été demandées ? Les conclusions tirées sont-elles justes ? | | Calculs | Justes ? Verbalisés ? Interprétés ? | | Synthèse | La conclusion répondait-elle à la question ? Était-elle chiffrée ? | | Communication | Clair, posé, à l’écoute ? Des tics de langage ? | | Gestion du temps | Le cas a-t-il avancé au bon rythme ? |
Pour chaque critère, donnez un exemple tiré de la séance : « Au moment du calcul de la taille du marché, tu as oublié de convertir les mois en années ; tu t’en es rendu compte seul, c’est bien. » Terminez par deux points à travailler en priorité, pas dix.
Le candidat, de son côté, doit noter ces retours dans un carnet de suivi, pour mesurer sa progression d’une séance à l’autre.
Varier les types de cas
Un entraînement efficace couvre les grandes familles de cas, et pas seulement celles où l’on est à l’aise.
- La rentabilité, le grand classique, développé dans notre article sur le cas de rentabilité.
- Le dimensionnement de marché, qui teste les hypothèses et le calcul.
- L’entrée sur un marché ou le lancement d’un produit.
- La fusion ou l’acquisition, avec un volet de valorisation et de synergies.
- La croissance, organique ou externe.
- Les cas d’opérations, sur une usine, une chaîne logistique ou un processus.
- Les cas de secteur public ou à but non lucratif, qui changent les objectifs.
Variez aussi les secteurs et les formats : cas guidés, cas ouverts, cas écrits, cas avec beaucoup de données. Et travaillez séparément les compétences transverses : la structure (notre article sur les frameworks de case interview) et le calcul (l’article sur le calcul mental en entretien).
Savoir quand on est prêt
Il n’existe pas de nombre magique de cas à faire. Quelques signes indiquent qu’on approche du niveau attendu :
- vous construisez une structure propre au cas en deux minutes, sans réciter ;
- vos calculs sont justes et verbalisés, même sous pression ;
- vous concluez toujours par une recommandation chiffrée, même quand le temps manque ;
- vos binômes ne trouvent plus d’erreur majeure, seulement des points de détail ;
- un consultant ou un ancien vous fait passer un cas et vous dit que vous seriez retenu.
À l’inverse, si vous faites toujours les mêmes erreurs après plusieurs séances, changez de méthode : un nouveau binôme, un autre type de cas, un retour d’un consultant.
N’oubliez pas l’autre moitié de l’entretien : les questions de parcours et de motivation, détaillées dans notre article sur le fit interview. Vos binômes peuvent aussi vous les faire travailler, à partir de votre CV. Le modèle de CV de stagiaire en conseil en stratégie montre d’ailleurs comment une responsabilité dans un club de cas peut figurer sur un CV. Pour le mettre en forme rapidement, l’éditeur de ConseilCV se charge de la mise en page et produit un PDF lisible par les logiciels de tri.
Questions fréquentes
Combien de cas faut-il faire avant un entretien ?
Cela dépend du point de départ et de la régularité. L’important est la progression mesurée d’une séance à l’autre, et le retour d’un partenaire expérimenté, plus que le nombre.
Faut-il s’entraîner en anglais ?
Oui si une partie des entretiens peut se dérouler en anglais. Faites au moins quelques cas complets en anglais, car le vocabulaire et la fluidité demandent un entraînement propre.
Un binôme de niveau inférieur est-il utile ?
Oui, surtout en jouant l’interviewer : expliquer et corriger fait progresser. Mais gardez aussi des séances avec des partenaires plus avancés pour être poussé.
Peut-on s’entraîner seul de façon utile ?
Oui, en complément : lecture de cas, calcul mental, structures écrites, enregistrement de soi-même en train de résoudre un cas à voix haute. Mais rien ne remplace l’échange avec un interviewer.
Sources
- Boston Consulting Group, Case interview preparation 🔗
- Boston Consulting Group, page école HEC Paris, préparation aux entretiens 🔗
- McKinsey & Company, Interviewing at McKinsey 🔗