Les candidats au conseil passent des semaines sur les cas et quelques heures sur le reste de l’entretien. C’est une erreur de calcul. Dans la plupart des cabinets, chaque entretien comporte une partie consacrée à votre parcours, vos expériences et votre motivation, le fit interview, et cette partie peut éliminer un candidat brillant sur les cas. Les cabinets le disent eux-mêmes sur leurs pages carrières : ils cherchent des collègues, pas seulement des têtes bien faites. Cet article explique à quoi sert le fit, les questions qui reviennent, comment préparer et structurer ses histoires, et les erreurs qui coûtent le plus.
À quoi sert le fit interview
Le fit interview cherche à répondre à trois questions que le cas ne traite pas.
Avez-vous les qualités qu’exige le métier ? Leadership, capacité à convaincre, persévérance face à l’échec, travail en équipe, esprit d’initiative. Ces qualités se prouvent par des expériences passées, pas par des affirmations.
Ferez-vous un bon collègue ? Un consultant passe ses semaines avec une petite équipe, souvent chez le client, sous pression. L’interviewer se demande s’il aimerait travailler avec vous à onze heures du soir avant un comité de pilotage.
Votre motivation est-elle solide ? Les cabinets veulent comprendre pourquoi vous voulez faire ce métier, et pourquoi chez eux. Un candidat qui ne sait pas l’expliquer risque de partir vite.
La place du fit varie selon les cabinets. Chez McKinsey, il prend la forme de la Personal Experience Interview, décrite sur sa page consacrée aux entretiens 🔗 comme une discussion approfondie sur des expériences qui ont compté pour vous, centrée sur votre rôle propre. Le BCG décrit sur sa page consacrée au processus 🔗 un entretien qui explore votre expérience, vos compétences et votre motivation pour rejoindre le cabinet. Bain indique sur sa page consacrée aux entretiens 🔗 poser les mêmes questions à tous les candidats d’un même poste, pour réduire les biais.
Cette dernière précision est importante : beaucoup de cabinets utilisent des entretiens structurés, avec des questions et une grille d’évaluation communes. Pour comprendre ce que cela change du côté du recruteur, la page sur l’entretien structuré, une méthode pour recruter avec moins de biais 🔗 décrit la logique de ces grilles, que vous retrouverez de l’autre côté de la table.
Les questions qui reviennent
Les questions de fit se rangent en quelques familles. Les formulations changent, mais le fond reste le même.
Le parcours et la motivation
- Présentez-vous en deux minutes.
- Pourquoi le conseil ? Pourquoi maintenant ?
- Pourquoi notre cabinet plutôt qu’un autre ?
- Qu’est-ce qui vous a fait choisir votre école ou votre stage ?
Le leadership et l’influence
- Racontez une situation où vous avez dû convaincre quelqu’un qui n’était pas d’accord avec vous.
- Parlez-moi d’un moment où vous avez pris la responsabilité d’un groupe sans en avoir le titre.
L’échec et la persévérance
- Racontez un échec, et ce que vous en avez tiré.
- Décrivez une situation où vous avez dû atteindre un objectif malgré un obstacle majeur.
Le travail en équipe et les conflits
- Parlez-moi d’un conflit dans une équipe et de la façon dont vous l’avez géré.
- Racontez une situation où un membre de l’équipe ne faisait pas sa part.
L’impact
- Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier ?
- Racontez une situation où vous avez changé la façon dont les choses se faisaient.
Les questions de motivation appellent des réponses argumentées ; les autres appellent presque toutes une histoire.
Préparer ses histoires
La préparation la plus efficace consiste à constituer un petit stock d’histoires, chacune capable de répondre à plusieurs questions.
Choisissez quatre à six expériences, tirées de contextes variés : un stage, une association, un projet académique, une activité sportive ou personnelle. McKinsey conseille, pour sa Personal Experience Interview, de préparer deux exemples par thème, en choisissant des expériences qui ont vraiment compté pour vous.
Pour chaque expérience, notez les faits précis : le contexte, votre rôle exact, les difficultés, les décisions que vous avez prises, ce que d’autres ont dit ou fait, le résultat, ce que vous en avez appris. L’interviewer creusera : vous devez connaître les détails.
Associez chaque histoire à deux ou trois qualités. Une même expérience de présidence d’association peut illustrer le leadership, la gestion d’un conflit et la persévérance. Un tableau simple (histoires en lignes, qualités en colonnes) permet de vérifier que chaque qualité est couverte.
Préparez aussi un échec réel. Pas un faux défaut (« je suis trop perfectionniste »), mais une situation où quelque chose s’est mal passé et où vous avez compris votre part de responsabilité.
Préparez vos histoires en français et en anglais, si une partie des entretiens peut se dérouler en anglais.
Ces histoires doivent être cohérentes avec votre CV : l’interviewer l’a souvent sous les yeux et pioche dedans. Le modèle de CV de stagiaire en conseil en stratégie montre des expériences rédigées de façon à pouvoir être racontées en entretien : un stage, une Junior-Entreprise, un club de cas, chacun avec un résultat précis.
Structurer une réponse
Une bonne réponse de fit tient en deux minutes environ, avec une structure claire. La plus utilisée suit quatre temps :
- La situation : le contexte en deux phrases, pas plus.
- L’enjeu : ce qui posait problème, et pourquoi c’était difficile.
- Votre action : ce que vous avez fait, vous, et pourquoi vous l’avez fait ainsi. C’est la partie la plus longue.
- Le résultat et l’enseignement : ce qui a changé, si possible avec un ordre de grandeur, et ce que vous en avez retenu.
McKinsey ajoute un conseil précieux : commencer par le raisonnement plutôt que par les actions. Expliquer pourquoi vous avez choisi une option plutôt qu’une autre montre votre façon de penser, ce que l’interviewer cherche à évaluer.
Exemple condensé. À la question « Racontez une situation où vous avez dû convaincre quelqu’un » :
« Pendant mon stage en direction de la stratégie, j’ai identifié une trentaine de magasins sous le seuil de rentabilité. Le directeur des opérations refusait d’en parler au comité exécutif, parce qu’il craignait un plan de fermetures. Plutôt que de défendre mes chiffres, j’ai cherché à comprendre son objection : il voulait que l’analyse distingue les magasins récents, qui n’avaient pas encore atteint leur rythme. J’ai refait l’analyse avec cette distinction, et nous avons présenté ensemble une version qui séparait les magasins à redresser de ceux à surveiller. Le comité a validé une revue du parc magasin par magasin. J’en ai retenu qu’une objection est souvent une information que je n’avais pas. »
L’histoire est courte, centrée sur l’action du candidat, et se termine par un enseignement crédible.
Erreurs fréquentes
- Réciter une histoire apprise par cœur. McKinsey prévient qu’il faut se préparer à une conversation, pas à une histoire récitée. Un récit trop poli s’effondre à la première question de relance.
- Parler au « nous » tout le long. L’interviewer veut savoir ce que vous avez fait. Dites « j’ai », sans vous attribuer le travail des autres.
- Passer trop de temps sur le contexte. Deux phrases suffisent ; l’essentiel est l’action.
- Choisir des histoires sans enjeu. Une histoire où tout s’est bien passé dès le départ ne montre rien.
- Donner une motivation générique. « Le conseil offre une grande variété de missions » ne convainc personne. Reliez la motivation à une expérience vécue, comme dans une bonne lettre : notre article sur la lettre de motivation pour un cabinet de conseil détaille cette logique.
- Négliger ses questions finales. Un candidat qui n’a pas de question montre qu’il ne s’est pas projeté.
Le jour de l’entretien
Quelques réflexes simples pour le jour J :
- relisez votre CV et vos histoires le matin, sans chercher à apprendre un texte ;
- renseignez-vous sur l’interviewer si vous connaissez son nom, pour préparer une ou deux questions sur son parcours ou ses missions ;
- écoutez la question jusqu’au bout et prenez quelques secondes avant de répondre ; choisir la bonne histoire vaut mieux que se précipiter ;
- adaptez la longueur : si l’interviewer vous relance souvent, raccourcissez ; s’il vous laisse parler, restez dans les deux minutes ;
- terminez par vos questions : sur les missions, le staffing, la formation, la culture du bureau.
Pour les entretiens à distance, McKinsey recommande un endroit calme, la caméra allumée et la désactivation des outils d’IA de prise de notes.
Les histoires de fit reposent sur votre CV : chaque ligne doit pouvoir devenir une histoire. Si vous partez de peu d’expérience, l’article sur le CV de consultant sans expérience en cabinet montre comment écrire des preuves exploitables. Et pour que la mise en forme ne vous prenne pas de temps, l’éditeur de ConseilCV s’en charge et produit un PDF lisible par les logiciels de tri des cabinets.
Questions fréquentes
Le fit interview peut-il éliminer un candidat qui a réussi ses cas ?
Oui. Les cabinets évaluent les deux parties de l’entretien, et une réponse faible sur la motivation ou sur le travail en équipe peut suffire à écarter un candidat, même brillant sur le cas.
Combien d’histoires faut-il préparer ?
Quatre à six expériences bien maîtrisées suffisent généralement, à condition que chacune puisse répondre à plusieurs questions. McKinsey conseille, pour sa part, deux exemples par thème de sa Personal Experience Interview.
Peut-on utiliser une expérience personnelle plutôt que professionnelle ?
Oui, si elle montre une qualité recherchée et que vous y avez joué un rôle réel : un projet associatif, un engagement sportif, une initiative personnelle. L’essentiel est la précision des faits.
Faut-il parler de ses défauts ?
Si la question est posée, oui, avec un défaut réel et la façon dont vous le travaillez. Les faux défauts sont repérés immédiatement.
Sources
- McKinsey & Company, Interviewing at McKinsey 🔗
- Boston Consulting Group, Interview process 🔗
- Bain & Company, Interviewing 🔗