Un directeur général qui reçoit un document de conseil le parcourt souvent en quelques minutes, entre deux réunions, en lisant les titres et en jetant un œil aux graphiques. Si le message ne passe pas dans ce laps de temps, la meilleure analyse du monde reste sans effet. C’est pourquoi les cabinets ont développé des règles de construction très précises pour leurs slides, que chaque consultant junior apprend dès ses premières semaines. Cet article les présente une par une, refait une slide pas à pas, et termine par une question pratique : comment parler de ces compétences sur un CV sans écrire « maîtrise de PowerPoint ».
Une slide, un message
La première règle est la plus simple et la plus souvent enfreinte : chaque slide porte un seul message. Pas deux idées juxtaposées, pas un inventaire de constats, pas un « point sur la situation ». Un message, que l’on peut formuler en une phrase.
Cette règle a deux conséquences.
Elle oblige à trier. Une analyse produit souvent plusieurs enseignements. Le consultant doit choisir celui qui sert la recommandation et reléguer les autres en annexe ou dans une autre slide.
Elle rend le document modulaire. Une slide qui porte un message clair peut être déplacée, retirée ou reprise dans un autre document sans perdre son sens. C’est ce qui permet aux équipes de construire rapidement des versions différentes pour un comité de direction, un conseil d’administration ou un atelier opérationnel.
Un test simple : si vous ne pouvez pas résumer la slide à voix haute en une phrase de moins de vingt mots, elle porte probablement plusieurs messages.
Le titre qui dit la conclusion
Dans un document de conseil, le titre d’une slide n’est pas une étiquette (« Évolution des ventes »), c’est une phrase qui énonce la conclusion (« Les ventes reculent depuis deux ans, uniquement sur le canal magasins »). On parle de titre-message, ou d’« action title » en anglais.
Un bon titre-message respecte quelques règles :
- il est une phrase complète, avec un verbe ;
- il tient sur deux lignes au maximum ;
- il dit ce que le lecteur doit retenir, pas ce que la slide contient ;
- il est démontré par le corps de la slide : graphique, tableau ou texte prouvent ce que le titre affirme, ni plus ni moins.
Le titre-message a une vertu cachée : il force le consultant à savoir ce qu’il pense. Une analyse dont on ne parvient pas à écrire le titre n’est pas terminée.
La storyline avant les slides
Les consultants expérimentés ne commencent jamais par ouvrir PowerPoint. Ils commencent par la storyline : la succession des messages qui, lus à la suite, forment un raisonnement complet.
La méthode la plus répandue consiste à écrire, sur une page, les titres de toutes les slides du document. Lus dans l’ordre, ils doivent raconter l’histoire de la recommandation sans le corps des slides. On structure souvent cette suite de façon pyramidale : la recommandation d’abord, puis les deux ou trois arguments qui la soutiennent, puis les preuves de chaque argument.
Cette étape présente trois avantages :
- elle révèle les trous du raisonnement avant qu’on ait passé des heures à mettre en forme ;
- elle permet à l’associé ou au manager de valider la direction en cinq minutes, sur une seule page ;
- elle répartit le travail : chaque consultant sait quelles slides il doit produire et quel message chacune doit démontrer.
C’est la même logique que celle d’une bonne structure de case interview : partir de la question et des conditions de la réponse, plutôt que d’accumuler des analyses. Notre article sur les frameworks de case interview développe cette méthode de structuration. Et pour un manager, construire la storyline dès la première semaine est l’un des réflexes décrits dans l’article sur le passage au grade de manager.
Choisir le bon graphique
Le graphique est le corps de la plupart des slides de conseil. Son choix dépend de la comparaison que l’on veut montrer.
| Ce que l’on veut montrer | Graphique adapté | À éviter | |---|---|---| | Une évolution dans le temps | Courbe ou histogramme en colonnes | Camembert, histogramme horizontal | | Une comparaison entre éléments | Barres horizontales triées | Colonnes non triées | | Une décomposition d’un total | Barres empilées ou graphique en cascade | Camembert à plus de quatre parts | | Le passage d’une valeur à une autre | Graphique en cascade | Tableau de chiffres seul | | Une relation entre deux variables | Nuage de points | Deux courbes superposées sur deux axes |
Quelques principes de sobriété complètent ce tableau :
- une seule couleur d’accent, pour l’élément qui porte le message, et des gris pour le reste ;
- pas de légende séparée quand on peut étiqueter directement les séries ;
- des chiffres arrondis et une unité claire ;
- une source en bas de slide, systématiquement.
Les cabinets utilisent souvent des extensions de PowerPoint pour produire des graphiques en cascade ou des barres empilées propres, ainsi que des bibliothèques de modèles internes. Les connaître est un plus, mais la règle reste la même : le graphique doit démontrer le titre.
Une slide refaite pas à pas
Prenons une slide typique de junior, présentée lors d’une mission pour une chaîne de magasins de bricolage.
Version initiale. Titre : « Analyse des magasins ». Corps : un tableau de vingt lignes (une par magasin) avec le chiffre d’affaires, la surface, le nombre de visiteurs et la marge, et trois puces en bas de la slide : « disparités importantes entre magasins », « certains magasins sous-performent », « la taille semble jouer un rôle ».
Le lecteur doit faire tout le travail : lire vingt lignes, comparer, deviner la conclusion.
Étape 1 : trouver le message. En examinant les données, l’équipe constate que les magasins de plus grande surface ont une marge par mètre carré nettement plus faible. C’est le message.
Étape 2 : écrire le titre-message. « Les grands magasins dégagent deux fois moins de marge au mètre carré que les magasins de taille moyenne. »
Étape 3 : choisir le graphique. Pour montrer une comparaison entre trois catégories de taille, des barres horizontales triées, avec la marge au mètre carré pour chaque catégorie. La barre des grands magasins est dans la couleur d’accent, les autres en gris.
Étape 4 : ajouter seulement ce qui renforce le message. Une annotation sur la barre des grands magasins (« dont six magasins sous le seuil de rentabilité »), le nombre de magasins par catégorie sous chaque barre, et la source en bas.
Étape 5 : relire avec le test d’une minute. Quelqu’un qui découvre la slide comprend-il le message en lisant le titre et en regardant le graphique ? Si oui, la slide est terminée. Le tableau détaillé part en annexe.
La version finale contient beaucoup moins d’information que la version initiale, mais elle transmet un message, et c’est ce message qui fera avancer la discussion avec le client.
Mentionner ces compétences sur un CV sans banalité
« Maîtrise de PowerPoint » figure sur presque tous les CV et ne dit rien. Pour un recruteur de cabinet, la compétence intéressante n’est pas l’outil, c’est la capacité à transformer une analyse en message pour un décideur. Elle se montre par les expériences, plus que par la liste des compétences.
Quelques façons de la rendre visible :
- citer le livrable et son destinataire : « support de séminaire stratégique annuel, de la storyline aux graphiques, présenté au comité exécutif » ;
- donner un ordre de grandeur : nombre de slides produites, nombre de comités préparés ;
- mentionner les outils réellement utilisés dans la ligne de compétences, sans adjectif : PowerPoint, extension de graphiques, Excel ;
- réserver le détail pour l’entretien : préparez une histoire où vous avez retravaillé un document pour le rendre plus clair.
Le modèle de CV de stagiaire en conseil en stratégie montre une puce de ce type, avec un support de séminaire stratégique construit de la storyline aux graphiques. Le modèle de consultant en transformation digitale illustre de son côté la préparation de comités de pilotage pour une direction générale.
Votre CV obéit d’ailleurs aux mêmes règles qu’une slide : un message par ligne, une hiérarchie visible, une lecture possible en une minute. L’éditeur de ConseilCV applique une mise en page sobre et régulière, et produit un PDF que les logiciels de tri lisent sans difficulté, pour que la forme ne détourne pas l’attention de vos messages.
Questions fréquentes
Faut-il maîtriser des extensions de PowerPoint avant d’entrer en cabinet ?
Ce n’est pas indispensable : les cabinets forment leurs nouveaux arrivants à leurs outils. Avoir déjà utilisé une extension de graphiques ou des modèles de slides est toutefois un plus, surtout pour un stage.
Combien de texte peut contenir une slide de conseil ?
Le moins possible. Un titre de deux lignes, un graphique ou un tableau, et éventuellement trois puces courtes qui commentent le graphique. Le détail va dans les annexes ou dans le discours.
Les slides comptent-elles dans les entretiens de recrutement ?
Rarement de façon directe, sauf dans les exercices de cas écrits, où il faut préparer quelques slides à partir d’un dossier. La logique du titre-message y est directement évaluée.
Comment s’entraîner à construire des slides ?
En reprenant des articles économiques ou des rapports publics et en essayant de résumer chaque partie en un titre-message démontré par un seul graphique. L’exercice entraîne aussi à la synthèse, utile en case interview.