Quand on commence à s’intéresser au conseil en stratégie, on entend parler de « MBB », de « tier 2 », de « Big Four » et de « boutiques », sans toujours savoir ce que recouvrent ces étiquettes. Elles ne sont pas des catégories officielles, mais des repères que les candidats, les écoles et les cabinets eux-mêmes utilisent pour lire un marché très fragmenté. Comprendre ces familles permet de mieux cibler ses candidatures, d’ajuster son CV et de préparer les bons exercices. Cet article propose une carte du marché français, famille par famille, avec pour chacune le type de missions, la taille des équipes et ce que cela change pour un candidat.
Comment lire le marché du conseil en stratégie
Le conseil en stratégie se distingue des autres formes de conseil par son interlocuteur et par sa question. L’interlocuteur est la direction générale, le comité exécutif ou les actionnaires ; la question porte sur des choix structurants : où croître, que vendre, quoi acheter, comment se réorganiser. L’Apec 🔗 distingue ainsi, dans sa fiche sur le consultant en management, le conseil en stratégie, centré sur des projets de croissance ou de transformation, du conseil en management et organisation et de l’assistance à maîtrise d’ouvrage.
Au sein du conseil en stratégie, plusieurs critères permettent de classer les cabinets :
- l’origine et la gouvernance : cabinet mondial d’origine américaine, cabinet d’origine européenne, branche d’un réseau d’audit, cabinet indépendant français ;
- la taille du bureau de Paris et donc la taille des équipes et la variété des missions ;
- le degré de spécialisation : généraliste, sectoriel, fonctionnel ;
- la nature des clients : grands groupes cotés, ETI, fonds d’investissement, secteur public.
Ces critères se combinent. Un même cabinet peut être mondial et pourtant très présent sur un secteur, ou petit et pourtant international.
Les cabinets mondiaux
Trois cabinets d’origine américaine sont souvent regroupés sous l’acronyme MBB : McKinsey & Company, le Boston Consulting Group et Bain & Company. Ils ont en commun une présence mondiale, des bureaux importants à Paris, une forte notoriété auprès des directions générales et un recrutement très sélectif, organisé autour de tests et d’entretiens de cas.
Leurs missions couvrent l’ensemble des sujets de direction générale : stratégie de croissance, plans de transformation, fusions et acquisitions, organisation, et de plus en plus la mise en œuvre et la technologie. Les trois cabinets ont aussi développé des activités importantes auprès des fonds d’investissement, avec les due diligences commerciales.
Pour un candidat, cette famille a trois caractéristiques :
- des processus formalisés et documentés : chaque cabinet publie sur son site carrières la description de ses étapes, comme McKinsey sur sa page consacrée aux entretiens 🔗 ou le BCG sur sa page dédiée au processus 🔗. Notre article sur le recrutement chez McKinsey en détaille un exemple ;
- un recrutement très tourné vers les grandes écoles, même si les cabinets affichent une ouverture croissante aux parcours variés ;
- un début de carrière généraliste, avec des missions dans plusieurs secteurs avant une éventuelle spécialisation.
D’autres cabinets internationaux, comme Oliver Wyman ou Kearney, sont souvent cités à côté de ce trio. Ils ont des bureaux à Paris de taille plus réduite, des positions fortes sur certains secteurs ou fonctions, et un recrutement exigeant, avec des cas eux aussi.
Les cabinets d’origine européenne
Roland Berger se présente sur son site 🔗 comme le seul grand cabinet mondial de conseil en stratégie d’origine européenne, fondé à Munich en 1967 et resté un partenariat indépendant, détenu par ses associés. Son bureau de Paris est l’un des plus importants de la place.
À côté de ce cabinet international, le marché français compte plusieurs cabinets de stratégie fondés en France, indépendants, de taille intermédiaire, souvent appelés « tier 2 » par les candidats. Ce terme est trompeur : il ne désigne pas une qualité inférieure, mais un positionnement différent. Ces cabinets ont souvent :
- une clientèle française et européenne, avec une forte présence auprès des grands groupes et des ETI ;
- des expertises sectorielles reconnues dans un ou plusieurs domaines ;
- une activité importante auprès des fonds d’investissement, notamment en due diligence ;
- des équipes plus petites, où un junior est plus vite au contact des associés et des clients.
Le recrutement y reste très exigeant, avec des tests et des cas, mais il est parfois plus souple sur les profils et les calendriers.
Les branches stratégie des grands réseaux
Les quatre grands réseaux d’audit et de conseil ont chacun une marque ou une équipe dédiée à la stratégie : EY-Parthenon, Strategy& chez PwC, Monitor Deloitte, et les équipes stratégie de KPMG. EY présente par exemple EY-Parthenon 🔗 comme son équipe de conseil en stratégie, transaction et corporate finance, avec en France des équipes dédiées aux revues de marché, plans de croissance, plans stratégiques, due diligences stratégiques et plans de création de valeur.
Ces équipes combinent deux atouts :
- l’appui d’un grand réseau, avec des expertises en transactions, technologie, fiscalité et risques mobilisables sur une même mission ;
- un accès à de nombreux clients, des grands groupes aux ETI.
Leurs contraintes sont celles des réseaux : certaines missions sont interdites auprès des clients audités par le réseau, et les frontières entre équipes stratégie, transformation et transactions peuvent être poreuses. Notre article sur l’advisory des Big Four décrit ces lignes de service et leurs passerelles.
Pour un candidat, ces branches offrent souvent un processus proche de celui des cabinets spécialisés, avec des cas, et une grande variété de missions.
Les boutiques sectorielles
Les boutiques sont des cabinets de petite taille, souvent quelques dizaines de consultants, fondés par d’anciens consultants ou associés de grands cabinets. Elles se distinguent par une spécialisation forte :
- sectorielle : santé, énergie, distribution, luxe, transport, secteur public, industrie ;
- fonctionnelle : prix et revenus, marketing, innovation, achats, organisation ;
- par type de client : fonds d’investissement, ETI familiales, collectivités.
Ce que cela change pour un junior : des missions plus homogènes, une exposition rapide aux clients et aux associés, une expertise construite plus tôt. En contrepartie, la marque est moins connue du grand public et les sorties peuvent être plus orientées vers le secteur de la boutique. Notre article sur les boutiques de conseil en stratégie face aux grands cabinets compare plus en détail les deux modèles.
Pour un candidat, une boutique se cible par conviction : un intérêt réel pour le secteur ou la fonction, démontré dans le CV et dans la lettre.
Cibler sa candidature selon la famille de cabinets
Chaque famille appelle des réglages différents.
| Famille | Ce qu’il faut mettre en avant | Préparation à prévoir | |---|---|---| | Cabinets mondiaux | Excellence académique, preuves de leadership, rigueur analytique | Tests en ligne, cas guidés ou ouverts, entretiens d’expérience | | Cabinets d’origine européenne et indépendants | Mêmes signaux, plus une affinité sectorielle si le cabinet en a une | Cas, souvent plus proches des missions réelles du cabinet | | Branches stratégie des réseaux | La ligne visée, l’intérêt pour la combinaison stratégie et mise en œuvre | Cas, entretiens avec managers et associés | | Boutiques | L’intérêt démontré pour le secteur ou la fonction | Cas sectoriels, questions de culture du secteur |
Quelques principes valent pour toutes les familles :
- Ne pas envoyer le même CV partout. L’accroche, l’ordre des expériences et les mots-clés doivent refléter la famille et le cabinet.
- Équilibrer ses candidatures. Viser uniquement les cabinets mondiaux expose à une saison blanche ; inclure des cabinets indépendants, des branches de réseaux et des boutiques sécurise le parcours.
- Penser à la sortie. Chaque famille ouvre des trajectoires différentes, et la rémunération varie aussi, comme le détaille notre article sur le salaire des consultants en stratégie.
Pour le CV lui-même, le modèle de consultant en stratégie correspond aux attentes d’un cabinet généraliste, tandis que le modèle de consultant en opérations et supply chain illustre un profil spécialisé, plus proche des attentes d’un cabinet sectoriel ou fonctionnel. L’éditeur de ConseilCV permet d’en dériver une version par famille de cabinets sans retoucher la mise en page, avec un PDF que les logiciels de tri lisent correctement.
Questions fréquentes
Que veut dire MBB ?
C’est l’acronyme couramment utilisé pour désigner McKinsey, le BCG et Bain. Ce n’est pas une catégorie officielle, mais un raccourci employé par les candidats et les écoles.
Les cabinets « tier 2 » sont-ils moins bons ?
Non. L’expression désigne surtout des cabinets plus petits ou plus spécialisés. Beaucoup ont une réputation excellente dans leurs secteurs, et certains candidats les préfèrent pour leurs responsabilités rapides.
Peut-on passer d’une famille de cabinets à une autre ?
Oui, c’est même fréquent, dans les deux sens. Les passages se font souvent après deux à quatre ans, au moment où le consultant a des missions à faire valoir.
Les cabinets de stratégie recrutent-ils hors de Paris ?
L’essentiel des bureaux de stratégie est à Paris. Certains cabinets ont des bureaux à Lyon ou dans d’autres grandes villes, plus souvent pour le conseil en management et en opérations que pour la stratégie pure.
Sources
- Apec, fiche métier Consultant en management d’entreprise 🔗
- McKinsey & Company, Interviewing at McKinsey 🔗
- Boston Consulting Group, Interview process 🔗
- Roland Berger, Who we are 🔗
- EY France, Rejoindre EY-Parthenon 🔗