L’anglais est omniprésent dans le conseil : équipes internationales, clients étrangers, documents de travail rédigés en anglais, entretiens parfois menés en anglais. Faut-il pour autant envoyer un CV en anglais à un cabinet parisien ? La réponse dépend du cabinet, du bureau visé et du poste. Dans certains cas, le CV en anglais est exigé ; dans d’autres, il est toléré ; dans d’autres encore, il dessert le candidat. Cet article dit quand l’envoyer, ce qui change dans le format, quels verbes d’action utiliser, comment traduire ses diplômes et ses expériences, et quels faux amis éviter.
Quand le CV en anglais est attendu
Trois situations appellent clairement un CV en anglais.
Vous postulez dans un bureau étranger. Une candidature pour Londres, New York, Singapour ou Dubaï se fait en anglais, avec les conventions locales. Les grands cabinets permettent souvent de postuler à plusieurs bureaux à partir d’un même profil : le Boston Consulting Group demande par exemple, sur ses pages écoles 🔗, de préciser ses bureaux préférés et de déposer une candidature par poste et par bureau, chaque bureau répondant indépendamment.
L’offre est rédigée en anglais. Si l’annonce, même pour un bureau français, est écrite en anglais, envoyez un CV en anglais. C’est fréquent pour les postes des équipes internationales, des practices spécialisées ou des fonctions technologiques.
Le portail de candidature le demande. Certains cabinets imposent une langue pour le CV, quel que soit le bureau ; vérifiez les consignes.
Dans les autres cas, pour un bureau français et une offre en français, un CV en français reste la norme. Il n’est pas pénalisant, et il évite les maladresses de traduction. La maîtrise de l’anglais se prouve ailleurs : par une ligne de langues précise, par un semestre à l’étranger ou par des missions menées en anglais. Les offres de McKinsey pour le poste de Business Analyst, publiées sur son site carrières 🔗, demandent ainsi de savoir communiquer à l’oral et à l’écrit en anglais et dans la langue du bureau : c’est la compétence qui compte, pas la langue du CV.
Resume ou CV, les différences de format
Dans les pays anglophones, et notamment aux États-Unis, le document de candidature s’appelle un « resume » ; le mot « CV » y désigne plutôt un document long, de type académique. Au Royaume-Uni, on parle plus volontiers de « CV », mais avec un format proche du resume. Pour un cabinet de conseil, les conventions sont proches dans tous les cas :
- une page, comme en France, pour un étudiant ou un jeune consultant ;
- pas de photo, ni d’âge, ni de situation familiale, ni de nationalité sauf si elle est demandée pour un visa ;
- un ordre antichronologique, avec les expériences les plus récentes en tête ;
- des dates au format anglais : mois en toutes lettres abrégé (« Sep 2024 – Jun 2026 »), cohérentes sur tout le document ;
- des puces qui commencent par un verbe d’action, au passé pour les expériences terminées, au présent pour le poste actuel ;
- une section « Education » placée en tête pour un étudiant, après l’expérience pour un consultant confirmé ;
- une ligne « Additional information » ou « Skills & Interests » en fin de page, pour les langues, les outils et les intérêts.
Les cabinets anglo-saxons apprécient particulièrement une forme très dense mais très régulière : alignements parfaits, une ligne par puce quand c’est possible, des chiffres dans chaque puce.
Les verbes d’action du conseil
En anglais, chaque puce commence par un verbe qui dit ce que vous avez fait. Quelques verbes reviennent dans les CV de conseil, avec leur usage.
| Verbe | Usage | Exemple | |---|---|---| | Led | Diriger un projet ou une équipe | Led a team of three students on a market entry study | | Built | Construire un modèle ou un outil | Built a five-year market model for a B2B distributor | | Analysed (UK) / Analyzed (US) | Mener une analyse | Analysed profitability of 420 stores by format | | Assessed | Évaluer une option, une cible | Assessed three acquisition targets for a private equity fund | | Designed | Concevoir une organisation, un processus | Designed the target organisation of a regional directorate | | Developed | Élaborer une recommandation, un plan | Developed a cost reduction plan with 40 quantified levers | | Presented | Présenter à un décideur | Presented findings to the client’s executive committee | | Delivered | Obtenir un résultat | Delivered savings of 8% on indirect costs | | Coordinated | Coordonner plusieurs acteurs | Coordinated workshops with 22 frontline managers | | Interviewed | Conduire des entretiens | Interviewed 25 customers and industry experts |
Choisissez l’orthographe britannique ou américaine selon le bureau visé, et gardez-la d’un bout à l’autre.
Traduire ses diplômes et ses expériences
La traduction des diplômes français pose souvent problème, parce que les équivalences ne sont pas exactes. Quelques règles simples :
- gardez le nom officiel de l’établissement et, si besoin, ajoutez une précision entre parenthèses : « ESSEC Business School, Grande École programme (Master in Management) » ;
- traduisez le programme par son intitulé international quand l’école en a un (beaucoup d’écoles utilisent « Master in Management ») ;
- expliquez les classes préparatoires en une ligne : « Classes préparatoires (two-year intensive program preparing for the competitive entrance exams to French grandes écoles) » ;
- évitez de traduire les mentions et les notes par des équivalents approximatifs ; donnez plutôt un classement (« top 10% of class ») si vous l’avez.
Pour les expériences, ne traduisez pas mot à mot : réécrivez chaque puce avec un verbe d’action anglais et la même logique de problème, action, résultat. Une puce française longue devient souvent une puce anglaise plus courte.
Les montants et les dates se convertissent aussi : « 2,5 M€ » devient « €2.5m » ou « EUR 2.5 million », avec un point décimal à l’anglaise.
Les faux amis fréquents
Quelques erreurs reviennent dans les CV de conseil traduits du français.
- « Stage » ne se traduit pas par « stage », mais par « internship ».
- « Formation » se dit « education » pour le parcours scolaire, « training » pour une formation professionnelle.
- « Licence » se traduit par « bachelor’s degree », pas « licence ».
- « Grande école » se garde en français, avec une explication.
- « Responsable de » ne se traduit pas par « responsible of », mais par « in charge of » ou, mieux, par un verbe d’action.
- « Réaliser une étude » devient « conducted a study », pas « realised a study ».
- « Actuellement » se dit « currently », pas « actually », qui signifie « en réalité ».
- « Compétences » se traduit par « skills », et « compétences informatiques » par « technical skills » ou « tools ».
- « Chiffre d’affaires » se dit « revenue » ou « sales », pas « turnover », qui désigne plutôt la rotation du personnel en anglais américain.
Une relecture par une personne de langue maternelle anglaise reste le moyen le plus sûr de les repérer.
Garder deux versions cohérentes
Beaucoup de candidats au conseil ont besoin des deux versions : en français pour les bureaux parisiens, en anglais pour les candidatures internationales ou les offres rédigées en anglais. Le risque est que les deux versions divergent au fil des mises à jour.
Quelques règles pour les garder alignées :
- mettez à jour les deux versions en même temps, à chaque nouvelle expérience ;
- gardez la même structure et le même ordre, pour que les deux documents racontent la même histoire ;
- vérifiez la longueur : l’anglais est souvent plus court, mais certaines explications (classes préparatoires, grandes écoles) ajoutent des lignes ;
- contrôlez les chiffres et les dates : une erreur de conversion dans une seule version se voit si le recruteur compare.
Les règles de fond restent les mêmes dans les deux langues : une page, des résultats chiffrés et un client anonymisé, comme le détaillent nos articles sur le CV d’une page en conseil et sur les résultats chiffrés sans trahir le client.
Le modèle de CV de responsable corporate development montre un profil bilingue avec un anglais justifié par des négociations transfrontalières ; le modèle de consultant data et IA un anglais rattaché à des ateliers. Pour produire vos deux versions sans refaire la mise en page, l’éditeur de ConseilCV permet de dupliquer un CV et de le décliner dans une autre langue, avec un PDF que les logiciels de tri lisent correctement.
Questions fréquentes
Un CV en anglais impressionne-t-il davantage un cabinet français ?
Non. Pour un bureau français et une offre en français, il n’apporte rien et peut même paraître décalé. Le niveau d’anglais se montre par la ligne de langues et par les expériences internationales.
Faut-il indiquer un score de test d’anglais ?
C’est utile pour un étudiant, surtout avec un score élevé à un test reconnu. Pour un consultant expérimenté, une mention d’usage professionnel (missions en anglais) suffit.
Peut-on envoyer les deux versions en même temps ?
Seulement si le portail le permet ou si le recruteur le demande. Sinon, choisissez la langue de l’offre.
Faut-il traduire le nom de ses employeurs ?
Non pour les noms propres. Pour un employeur anonymisé, traduisez la description : « groupe industriel coté » devient « listed industrial group ».
Sources
- Boston Consulting Group, page école HEC Paris, candidatures par bureau 🔗
- McKinsey & Company, Careers for students 🔗